• Marion

Non, voyager en voilier ce n'est pas la liberté totale...


Vous êtes si nombreux à nous demander comment nous allons suite à ces effroyables tempêtes sur la Corse où nous étions durant quelques semaines. Nous en sommes vraiment touchés. Merci du fond du cœur pour vos pensées. J'essaye de répondre à chacun mais pardonnez-moi si vous faites partie de ceux auxquels je n'ai pas encore répondu.


Nous allons très bien ! C'est intense, et je n'arrive plus à poster aussi souvent mais tout va vraiment bien.


Lors de mon dernier post, je vous disais que nous nous apprêtions à quitter la Corse depuis Bonifacio pour rejoindre la Sardaigne, puis les Baléares dans la foulée. Nous savions que la météo allait être très mauvaise en Corse et au Nord de la Sardaigne quelques jours plus tard : c'était le moment de partir.



Une fois arrivés à la pointe Nord-Ouest de la Sardaigne, à La Pelosa, dimanche 14 août, nous avons compris que la traversée vers les Baléares le lendemain n'était pas une bonne idée, et nous avons donc choisi de rester en Sardaigne (et nous avons vraiment bien fait !). Mais il fallait alors trouver une bonne planque ! Et la jouer fine pour la rejoindre car la météo changeait tout le temps et aucun modèle ne s'accordait. C'était assez stressant, d'autant plus que nous savions, depuis quelques semaines, que la canicule océanique augmentait terriblement les risques de médicane, et sentions qu'il se jouait quelque chose de particulier depuis quelques jours avec cette météo très instable et difficile à prédire, cette atmosphère si atrocement lourde, cette mer si chaude...


Passage de la Pelosa - Sardaigne


Nous l'avons appris en préparant notre projet : la Méditerranée est terriblement sournoise et il est vraiment préférable d'en être sortis avant la fin de l'été (à moins d'y hiverner mais ce n'est pas notre projet). C'est la raison pour laquelle, pour répondre aux questions que souvent vous me posez, notamment suite à mon dernier post, nous ne voulons pas, nous ne devons pas, trainer en Méditerranée, prendre tout le temps que nous aimerions y prendre pour explorer, pour visiter...


Alors que nous sommes férus de culture et d'Histoire et adorons que les sites antiques soient les salles de classe de nos enfants, c'est frustrant. Mais il faut faire des choix. Après la mise à l'eau d'Eagle en juin, nous avons choisi de prendre une pause d'un mois à Hyères pour souffler après ces mois intenses de travaux et prendre nos marques dans cette nouvelle vie : c'était nécessaire, vital même. Mais maintenant, si nous voulons rejoindre l'Atlantique en sécurité, hop hop hop ! il ne faut plus traîner !


Voilà, notre projet, à l'image de la vie, n'est que choix.

Choix, compromis, renoncements, jonglage avec les multiples contraintes...

Car non, voyager en voilier ce n'est absolument pas la liberté totale, ce n'est pas aller et se poser où l'on veut, quand on veut. Non, en mer, c'est la météo qui gouverne, rien d'autre. Un vrai despote ! Mais au passage, elle nous enseigne l'accueil, le lâcher prise, l'adaptabilité tout autant que l'humilité et la vigilance permanente. Nous le savions a priori, bien entendu, mais l'expérimentons un peu plus chaque jour... C'est éprouvant mais fantastique aussi !


Depuis la Pelosa donc, nous avons longé la côté ouest du Nord de la Sardaigne, volcanique, sublime.



Et nous sommes arrivés mercredi 17 dans la baie de Porto Conte, juste à temps pour y essuyer le coup de vent qui commençait l'après-midi même et devait durer jusqu'à samedi.

Baie immense, très enclavée et donc protégée de la houle (un lac !), offrant beaucoup de mer à courir en cas de dérapage et beaucoup d'espace entre les bateaux, fond sableux parfait pour s'ancrer... Nous avons pu mettre 70 m de chaîne.


Baie de Porto Conte

On pouvait difficilement être mieux.


Coucher de soleil dans la baie de Porto Conte

Le coup de vent a commencé mercredi comme prévu. Nous scrutions la météo en permanence, c'était un véritable bazar dans les prévisions et, il faut bien le dire, bien stressant (les enfants n'ont jamais été inquiets, c'était vraiment bien).


Notre mouillage à Porto Conte. Photo prise sous 30 nœuds durant le coup de vent.

Mercredi soir les prévisions Arome pour jeudi matin indiquaient 70 nœuds à Porto Conte (là où nous nous trouvions !) et laissaient apparaître, au large du NO de la Sardaigne, tout près donc, une grosse masse blanche qui montait en grossissant puis embrassait tout le NO de la Corse... Elle indiquait 110 nœuds, 200 km/h !! C'étaient des prévisions et tout semblait disjoncter, nous avons donc gardé notre calme, rajouté une ancre et ficelé les voiles, mais bon...



Jeudi, en continuant d'encaisser le coup de vent sans soucis, nous avons appris la catastrophe et ça nous a glacés. Plusieurs amis y étaient... Et depuis, nos pensées pour les marins et terriens qui ont vécu ce drame prennent beaucoup de place.

Nous avons eu du flair et avons bien fait de quitter la Corse.

Nous avons eu beaucoup de chance aussi.

Ce n'est pas facile à vivre cette sensation de s'imposer de telles contraintes, c'est lourd parfois... Plus que jamais depuis notre départ je me suis demandée pourquoi j'étais là, pourquoi j'avais choisi ça... Mais j'ai choisi, en conscience, j'ai pris cette responsabilité et c'est le plus important pour moi. C'est ce qui me fait sentir libre...

Et comme toujours, pour garder le cap, c'est la confiance à laquelle je m'accroche... Car la Vie, quoi qu'elle nous apporte, reste toujours magique.


Depuis cette course à la planque et ce coup de vent qui nous a bloqués une semaine entière sur Eagle, nous attendons une fenêtre météo pour traverser vers les Baléares. Alghero et sa baie, magnifiques, nous ont tendu les bras et nous profitons de cette escale qui dure plus longtemps que prévu.


Patience, accueil, contemplation... nous sommes à bonne école !!


Alghero


Couchers de soleil depuis le mouillage devant le Port d'Alghero. Vue sur le cap Caccia et la baie de Porto Conte.



Deux nuits au port public (et gratuit !) d'Alghero pour profiter pleinement de la ville.



Mouillage à Fertilia avec vue sur la baie d'Alghero.



Bonne journée à tous, merci d'être là les équipiers, et de nous soutenir, nous et notre projet ! Vous nous apportez tellement





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